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Une Carmen SlovèneVous aimez l’opéra, on peut bien avoir quelques défauts. Pourtant, vous aimez le rock, mais vous détestez la foule qui vient avec, ces gens qui tirent, poussent, courent, hurlent, comme si le délire devait absolument accompagner ce genre de manifestations. Vous savez bien que c’est nécessaire pour le peuple de se défouler, mais vous n’êtes pas obligé d’être là. En plus, écouter une musique qui swingue sans pouvoir danser, c’est un peu illogique. Alors aussi bien aller écouter de la musique avec de vieux croûtons et croûtonnes qui savent se comporter (ou n’ont plus la force de faire autrement). Situation : vous êtes à Llubjana, joli nom, pour une jolie ville de la Slovénie qui, à ce moment-là, fait encore partie de la Yougoslavie communiste. Les gens sont beaux ici, mais on n’est pas encore au cœur de la « vraie » Yougoslavie. Ici, c’est plutôt le pendant de l’empire austro-hongrois, mâtiné d’un peu d’Italie, mais sans les incessantes pétarades des mobylettes (Ils n’ont pas d’argent, alors pas de mob). En déambulant, vous apercevez une petite affiche fort simple, en noir et blanc. Entre quelques mots Slovènes incompréhensibles, vous lisez « Carmen » et « Bizet » et vous réussissez à comprendre que les dates concordent avec celles de votre séjour. Vous vous rendez à la maison d’opéra, mais, comme c’est le cas partout en Europe, les guichets sont ouverts à des heures abominables, alors vous serez obligé de revenir. Le soir même, vous y êtes, votre fauteuil est au parterre en plein centre de la magnifique salle du Slovensko Narodno Gledaliquelque chose, au style « Barococo », comme c’était de mise à l’époque. Vous avez une vue imprenable, autant sur la scène, que dans la fosse d’orchestre. En passant, ici tout s’appelle Narodno ou Narodni, et ce ne sont pas de quelconques héros du communisme, ça veut simplement dire National, (je crois). On le sait, sous un régime de gauche tout appartient au peuple (même la pauvreté). Carmen est, pour l’heure, votre opéra préféré. (Vous ne vous demandez pas encore si le fait qu’il l’assassine à la fin fait partie du plaisir ou pas, les thérapies, c’est pour plus tard). Depuis que vous avez vu le film de Francesco Rosi avec Julia Migenes Johnson, vous avez découvert que l’opéra pouvait être sexy et comme vous avez écouté mille fois la musique et qu’en plus c’est dans votre langue, vous connaissez le livret par cœur. Alors, vous êtes heureux de voir le rideau se lever et d’entendre les premières mesures de l’allègre ouverture. Puis les soldats se mettent à chanter des paroles qui ressemblent à « krounchabrotch ». Diantre, mais c’est une version en Slovène ! Puis arrive le Don José local, format Pavarotti qui chantera tout l’opéra le corps bien droit dans son costume empesé. Carmen, quant à elle fait chanteuse de province sur le déclin, laide, trop maquillée, mais elle sait encore pousser ses notes. Il faut vraiment croire aux conventions du monde de l’opéra pour embarquer. Quelle foi il faut avoir pour prendre au sérieux ces ténors juchés sur des talons hauts pour être aussi grand que leur Yseult de 1m80 ! Entendre une Madame Butterfly de 70 kilos, ça peut aller, mais la voir c’est un supplice. Pendant ce temps, dans la fosse d’orchestre, on semble bien s’amuser. La flûtiste arrive en retard et accroche en passant les baguettes du timbalier, un hautboïste en vacances pour quelques mesures lit une revue de football alors que certains autres discutent entre eux. C’est la foire! Le joueur de castagnettes rate complètement le passage où il accompagne Carmen et l’air du tambourin ne sera guère mieux (c’est Bizet qu’on assassine), si bien que ses voisins l’applaudiront en rigolant et qu’il quittera avant la fin, un peu fâché. Sont-ce vraiment des professionnels, vous dites-vous? Don Jose se débarrasse de Carmen pendant que tous les habitants de la ville semblent être là pour la scène finale. Applaudissements nourris tout de même, le chef monte sur la scène pour l’ovation finale, mais quand il veut faire saluer ses musiciens, il se rend compte qu’ils sont déjà partis. Tous des fonctionnaires communistes sûrement. |
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A Slovenian CarmenYou like opera; we all have some weaknesses, don’t we. Still, you like rock’n roll, but you hate the crowd that comes with it, all those people pulling, pushing, running, yelling, as if delirium absolutely had be a part this kind of manifestations. You know common people must unwind somehow, but you don’t have to be a part of it. What's more, you think listening to swinging music without being able to dance, is a little illogical. So you may as well listen to music with senescent people who know how to behave (or don’t have the strength to do otherwise). You are in Llubjana, pretty name, for a pretty city of Slovenia which, at this point in time, is still a part of Communist Yugoslavia. The people are good-looking here, but we’re not yet in the heart of the "real" Yugoslavia. Here it is a part of the Austro-Hungarian empire, mixed with a little bit of Italy, but without the continuous backfiring of the mopeds (They can’t afford them here). While wandering around, you notice a small simple black and white poster. In between some Slovenian incomprehensible words, you read "Carmen" and "Bizet" and you understand that the dates coincide with your stay here. You walk to the opera house, but, as it is the case everywhere in Europe, the box-office is opened at rather abnormal hours, so you will have to come back. Upon returning at the end of the day, you wonder, can your really you to afford spending the 1.50$ (Canadian) they ask for (28,000$ in local money). This could compromise your trip. Let’s go crazy, you’re on vacation after all, you can mortgage your house when you go back. Evening arrives, you are there, and your seat is right in the center of the magnificent Slovensko Narodno Gledalisomething. It is in the "Barococo"style, that is overtly decorated, as was the tradition in those days, all paid for with the sweat of the poor people. You have a perfect view of the stage, as well as of the orchestra pit. By the way, everything here is called Narodno or Narodni, and it is not some obscure communist hero, it simply means National, (I believe). We all know that under a leftist government, everything belongs to the people (even poverty). Right now, Carmen is your favorite opera. (You do not wonder yet if the fact that he kills heart the end is part of the pleasure or not, therapies are for later). Since that you saw the Francesco Rosi movie with Julia Migenes Johnson, you found out that opera could be sexy and since you listened to the soundtrack a few thousand times and what's more, it is in your language, you know the lyrics by heart. So, you are very happy to see the curtain rise and to hear the first bars of the brisk overture. Then the soldiers start singing words that sound like "krowntchabrotch". Holy cow, this is a Slovenian version. Then, the local Don José arrives, a Pavarotti clone, who will sing the whole opera his body straight up in his well-ironed costume. As for Carmen, she looks like a provincial singer on the decline, ugly, too made up, but still she knows how to push her notes. You must really believe blindly in the conventions of the world of opera to like it. You need a lot of faith to take seriously those tenors perched on their high heels, so they will be as tall as their Isolda or Tosca of 1m80. Listening to a 160 ponds Madama Butterfly can be OK, but seeing her is a torture. Meanwhile, they seem to be having fun in the orchestra pit. The flautist arrives late and bumps on the drumsticks of the timpanist, an oboist who as a break for a few bars is reading what looks like a soccer magazine while others discuss between them. It’s party time! The castanet-player completely ruins the passage where he is to accompany Carmen, and the air of the tambourine will not be any better (Poor Georges must be rolling in his grave). He is so bad, that his musician friends will applaud him jokingly at the end and he will leave angry before as soon as he will be done. You wonder if they really are these professionals? Don Jose gets rid of Carmen while it seems all the inhabitants of the city are on the stage. They are applauded nonetheless, the conductor climbs on the stage for the final ovation, but when he wants his musicians to rise and bow, he finds out they have already left. They must all be Communist civil servants. |
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