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L'égypte (première partie)Mais, pouvez-vous bien me dire ce que vous faites là? Vous partez, vraiment en voyage de groupe avec le Club Y, vous le misanthrope, monsieur « je ne parle à personne parce que je risque d’avoir à trouver quelque chose de sensé à dire et que sûrement que je ne trouverai pas et que même si je trouvais ils ne m’écouteraient pas parce que ça ne les intéressera pas». Pire encore, pas de blonde aux alentours pour vous servir d’écran, de bouclier contre le monde et ses méchancetés. Pourtant, vous êtes là à l’aéroport de Schipol, en Hollande vous partez pour l’Égypte avec un groupe de compatriotes Québécois. Vous ne les connaissez pas (vous avez bien pris soin de ne pas aller à la réunion préliminaire), mais ils sont faciles à reconnaître parmi cette foule d’européens proprets et ces africains et nord-africains colorés (en particulier cette immense noire en maillot fluorescent qui galbe son voluptueux corps). Ce qu’on remarque d’abord chez les Québécois, c’est leur dégaine relax, à l’américaine, du genre « je me fous de mon apparence, tout ce que je veux c’est être confortable ». Puis, bien sur, il y a cet accent qui sonnera toujours, où que vous l’entendiez en ce bas monde, comme un bruit de cloche fêlée. Déjà vous trouvez qu’ils sont laids et qu’ils ont l’air crétin. Pour couronner le tout, ils portent tous l’énorme sac fourre-tout sur lequel est inscrit en lettres de 25 cm de haut le nom du fameux club. Ils veulent être bien certain d’être identifié à leur troupeau. Vous venez de passer trois jours parano paradisiaque seul et silencieux à Amsterdam, alors n’êtes pas pressé de vous faire des amis, vous ne l’êtes jamais de toute façon. Jamais hâte d’avoir ces conversations creuses et banales. Ce qui se passe dans votre tête, même s’il y fait noir, est toujours plus intéressant.
Heureusement, aucun d’entre eux n’est assis près de vous dans l’avion. En trois semaines, vous aurez amplement le temps de les déprécier. Par contre, il y en a une pas loin de vous sur laquelle vous avez de sérieux doutes. Vous l’observez en diagonale. Elle a un long nez en pente de ski expert mais une tête à la Sissi impératrice d’Autriche, fichée sur un corps de nageuse. Elle parle fort et avec un accent anglais de fond de ruelle. Serait-ce Elle? À l’arrivée vous apprendrez qu’elle fait bien partie du groupe, qu’elle vient bel et bien de chez vous, mais qu’elle est d’origine Autrichienne et ce n’est que beaucoup plus tard que vous dormirez à ses cotés, dans le sable, sur une île perdue de la mer Rouge. Mais ça, c’est une autre histoire que vous lirez, peut-être un peu plus loin ou peu être pas, mais en attendant vous pouvez toujours l’imaginer. Vous apprendrez aussi qu’il y a deux sortes de voyageurs, les parfaits, comme vous, et les autres… Vous avez une théorie que vous vous devez d’exposer ici, si vous voulez que le lecteur qui est vous, sans vraiment l’être, puisse comprendre ce que vous voulez dire. Me suivez-vous? Ou me suis-je moi-même? Cette théorie du voyageur parfait, découle de vos lectures de Paul Theroux (prononcer serrrouw) un écrivain voyageur américain qui est l’auteur de livres (Patagonie Express, Railway Bazaar etc.) dans lesquels il décrit ses nombreux périples.Il y fait très peu de descriptions historiques ou géographiques, mais nous donne plutôt ses impressions. Vous trouvez ses livres placides et sans goût. Que son corps soit n’importe où en ce monde, vous avez quand même l’impression que dans sa tête, il est toujours assis dans un confortable sofa, pontifiant sur le monde la pipe aux lèvres. Mais ce qui vous énerve le plus chez lui, c’est sa façon de regarder de haut les autres voyageurs (tiens ça vous rappelle quelqu’un que vous connaissez bien). Pour lui, voyager, c’est d’abord abandonner femme et enfants pour faire le tour d’un continent pendant six mois en s’assurant bien de ne prendre que les transports en commun et de ne coucher que dans des hôtels miteux. Quiconque ne fait pas cela n’est qu’un banal touriste, un idiot, quoi!.Le pire c’est qu’à chaque livre (vous les avez à peu près tous lus pour être certain de ce que vous avancez), il pète et répète ce que je viens de vous dire et qu’il en est fier et qu’il est certain que ça lui donne une grande supériorité sur les autres. En d’autres mots, il se considère, se prend pour un voyageur parfait et j’en suis venu à la conclusion que nous nous prenons tous pour ce voyageur parfait, parfait pour nous. Bon, revenons à vous, donc, selon ma théorie, vous êtes le voyageur parfait, curieux mais pas jusqu'à l’indécence. Curieux justement, alors que d’autres sont en Egypte comme il sont chez eux ou à Acapulco, à la recherche d’alcool, de piscines et de bons rires gras tellement libérateurs. Vous dessinez, vous êtes magicien, dans ces pays où l’on n’est pas blasé (lire tous les pays en voie de développement, comme on dit) on s’attroupe souvent autour de vous pour regarder, commenter, échanger. A moins que ce ne soit parce que ces gens-là n’ont rien d’autre à faire, ou bien parce qu’ ils prennent le temps de vivre alors qu’ailleurs dans ces pays dits modernes, on a tout vu et que de toutes façons on a autre chose à faire que de regarder un individu barbouiller. (à suivre) |
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Egypt ( part one)Tell me, can that really be you ? You are actually going to travel in a group with the well known Club Y, you the misanthropist, Mister "I do not speak to anybody because I am likely to have to find something intelligent to say and most surely I won’t and even if I found something, they would not listen to me because it would be of no interest to them anyways". What’s worse, there is not the usual girlfriend around to shield you against the world and its spites. But here you are at Schipol airport, in Holland, waiting to leave for Egypt with a group of fellow Quebeckers (for those who don’t know it , Québec is a part of Canada but only when it is worth it). You don’t know any of them (you were careful not to go to the preliminary meeting), but they are easy to spot among this crowd of tidy Europeans and colorful Africans and North-Africans (In particular, this immense black woman in a fluorescent swimsuit which tightly holds her voluptuous body). What you notice first when you see a Quebecker, is his relaxed American gait, of the “I don’t care what I look like as long as I am comfortable” kind. Then, there is this accent, which will always sound, wherever you hear it in this world, like the sound of cracked bell. Already you think they are ugly and don’t they all look like cretins. To crown the whole thing, they are all carrying the enormous hold-all bag with the name of the famous club Y printed in 10 inches hi letters. They want to be quite certain to be identified with their herd. You have just spent three days of paranoiac bliss alone and in silence in Amsterdam, so, you are in no a hurry of making friends, you never are in any event. No need to haste to have these hollow and banal conversations, talking to yourself in your head, even if it is rather dark in there, is infinitely more interesting.
Fortunately, none of them is sitting close of you on the aircraft. During the following three weeks, you will more than have the time to get to know and depreciate them. On the other hand, there is one not far from you on whom you’re having serious doubts. You glance at her sideways. She has a long ski slope nose, but the head of Sissy empress of Austria all this on a swimmer’s body. She speaks English loudly, with a strong low-class accent. Could this be her? Upon your arrival, you will learn she is, indeed, part of the group , that she does come from the same place you do, but that she is of Austrian origin and it is only much later than you will sleep with her on the beach of a remote Red sea island. But that is another history, which you will read, perhaps a little further or maybe not, but meanwhile you can always use your imagination. You will also learn that there are two kinds of travelers, the perfect ones, like you, and the others... You have a theory that you must set forth here, if you want the reader who is you, without really being you, to understand what you mean. Are you following me? Or am I following myself? When you say that you are perfect, you don’t really mean it. This theory of the perfect traveler, rises from your readings of Paul Theroux’s travel books (The Old Patagonia Express, The Great Railway Bazaar etc.) who despite his very French name his an American writer. In his writings, he does very few historical or geographical descriptions, but rather tells us his impressions. You find his books so placid and boring. You always get the feeling that his body may be anywhere in this world, but in his head, he is always sitting in a comfortable sofa playing mister know-it-all, smoking a pipe clenched between his teeth. But what irritates you even more about him is his way of looking down on fellow travelers (That does remind you of somebody you know well, though). For him, traveling means leaving his woman and children at home while he goes drifting alone, along a whole continent for six months, making sure he only takes public transportation and that he only sleeps in seedy hotels. Anybody who doesn’t do this is just, well, a tourist. The worst of it is that with each book (you’ve read almost all of them to make sure) he keeps repeating what I‘ve just told you and he is very proud of it and he is certain it gives him a great superiority over everybody else. In other words, he consider himself a perfect traveler and I have come to the conclusion that we all think we are this perfect traveler, perfect to us. Good, let’s get back to you, therefore, according to my theory, you are the perfect, traveler, curious but not so it becomes indecent. Curious precisely, whereas others are in Egypt as they are at home or in Acapulco, in search of alcohol, swimming pools and a good gurgling laughter. You draw, you are a magician, in these countries where people are not blasé (all the so-called developing countries), they often gather around you to look, comment, exchange on what you’re doing. Maybe it is they have nothing better to do or also, maybe it is because they take time to live whereas elsewhere in these countries known as modern, one has seen everything and that in any case one has something else to do than watch somebody scribble. (To be continued) |
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