Les meilleurs sièges
Vous êtes à Milan, premier voyage en Europe. Deux innocents en Italie. Vous marchez, y a t il autre chose à faire? Après cinquante magasins aux meubles plus design les uns que les autres
et que vous vous achèterez, assurément, quand vous aurez votre penthouse à Monaco,
vous arrivez devant la Scala de Milan (dois-je le préciser). Sur un des murs gris sales
vous apercevez une affichette emprisonnée derrière une vitre aussi sale annonçant le programme des jours à venir. Amateur de Grande Musique, vous voyez que l’illustre pianiste Alfred Brendel s’y produit le soir même. N’écoutant que votre innocence vous passez par le guichet et la dame derrière la grille de laiton vous dit qu’il reste bel et bien des billets et dans la rangée A en plus.
Che miracolo! Vous les achetez bien sûr.
Le soir venu, vous vous présentez à la porte de ce lieu magnifique. La salle est à la hauteur
du faste de l’époque Néo-classique. C’est tout en dorures, en fioritures et en tentures. Le petit peuple que vous êtes est fort ébloui. Le rideau se lève. Alfred fait son entrée, il salue, vous voyez
sa sympathique tronche à la Woody Allen, mais ce sera la dernière fois. Vous êtes assis tellement près de la scène que tout ce que vous voyez ce sont les pattes du piano et ses pattes à lui. Vous verrez bien un bout de visage et quelques frisettes, mais ce sera seulement lors de rares envolées lyriques dans les aigues. Le programme : du Beethoven, un concerto pour piano, dirigé par Abbado. C’était beau mais, avec la tête toujours penchée vers l’arrière, ça vous a semblé un peu longuet.
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The best seats
You are in Milan, first journey to Europe. You walk, is there anything else to do? After fifty shops of furniture, each more stylish than the other, furniture which you will buy yourselves, certainly, when you are rich enough to have that penthouse in Monaco. You arrive in front of La Scala di Milano, luckily located in Milan. On one of the dirty grey walls outside, you see a yellowish poster that looks so outdated it could have been there a century ago. On it, you read the concert program of the coming days. Being a classical music lover, you are happy to see that the illustrious pianist Alfred Brendel is playing the same evening. Since you are young and innocent you go up to the ticket office and the lady behind the brass grid says: ”Yes, there are tickets left” and in row A. Che miracolo! You buy them of course.
In the evening, you walk through the door of this magnificent place. The room is as splendid as you would expect of a building of the neo-classical period. It is overtly gilded and decorated. Being of common extraction, you are very impressed. The curtain goes up. Alfred makes his entrance, he bows, you see his sympathetic Woody Allen like face, but it will be the last time.
You are sitting so close to the stage, that all that you see are the piano’s and Alfred’s legs.
You will see a bit of face and some curls flying, but it will be only during a rare lyrical flight
in the high notes. The program: Beethoven, a concerto for piano, conducted by the, than young, Claudio Abbado. It was beautiful but with your head bent backward during the whole concert, you thought it was a bit longish.
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